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Covid-19 : crise des excès ou radicalisations, une pandémie probablement pas très africaine ?

Par Zachée Betche | Africain.info | mardi 12 janvier 2021
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Africanité et radicalités. Une lecture critique des options autour de la Covid-19.
Le continent africain n’est évidemment pas l’épicentre de la pandémie du Coronavirus. Bien au contraire, les taux de contamination(s) et de décès qui y sont enregistrés déroutent élégamment l’alarmisme de nombreux analystes, d’éminents infectiologues voire des futurologues enthousiastes prompts à énoncer des pronostics. Bien souvent l’évocation de l’Afrique se décline en termes dénigrants. Ces derniers suscitent généralement la pitié d’une certaine bien-pensance extracontinentale tantôt sincère, tantôt drapée dans une posture hégémonique très gratifiante sur le plan psychologique mais éthiquement questionnante. Evidemment, l’expansion quasi-mondiale de la Covid-19 n’a pas encore dit son dernier mot.

Une pandémie probablement pas très africaine ?

Il existe toute une avalanche d’hypothèses sur cette non-contamination massive des Africains sur leur sol. Bien entendu, il faut différencier le fait d’être contaminé et celui d’être malade. Si la corrélation est évidente à partir de la deuxième notion, elle ne l’est pas forcément lorsqu’on articule le premier postulat. L’idée d’une contamination d’une assez grande partie de l’humanité est loin d’être farfelue tant les différenciations, comme pour d’autres infections, doivent être soulignées. Aussi, comme un troisième postulat possible, les sujets asymptomatiques – porteurs sains – existent bel et bien et ceci participe de la complexité de l’économie globale de la maladie.

Si, en Afrique, le niveau technologique – qui fournit les outils d’analyse et de contrôle – est le moins développé de la planète pour pouvoir rendre compte de la situation réelle, il existe néanmoins, ou apparemment, peu de cas de malades en comparaison avec les autres sphères de notre planète. Il est vrai que le rapport que le sujet africain, en général, entretient avec la couche la plus âgée de sa population est différent. En Occident les notions de rentabilité économique, de confort relatif aux soins et de mode de vie, pour ne citer que ces exemples, astreignent la population la plus âgée à l’isolement. Or ce dernier est appréhendé comme un lieu par excellence de transmissions virales, lieu aussi de détresse sociale prouvée. Car la plupart des sujets y développent une dépression due au délitement relationnel contextuel, situation inacceptable pour l’Africain respectueux de ses cultures.

La conception radicale du vivant n’est complètement valable que dans cette connexion ininterrompue avec son semblable, sa famille, ses proches, ses êtres dits de proximité. Telle est la conception doublement unitaire de l’africanité ; associant la pratique éthique et sociale en dehors des champs de la politique politicienne plutôt extravertie. Lors des crises sanitaires d’envergure, il a presque toujours existé une praxis médicinale endogène et communautaire centrée sur la notion de proximité empathique. Ainsi, la transmission du message n’a pas toujours que suivi le chemin des médias standards.

Le degré souvent élevé de température ambiante, conjuguée à l’humidité dans certaines contrées, participeraient de l’affaiblissement des virus et de la célérité de leurs transmissions. En dehors des hémisphères sud et nord du continent ; autrement dit hormis les éloignements réciproques des tropiques, on assisterait à de faibles contaminations de la Covid-19 sur le périmètre restant de l’Afrique. Au-delà de ce qui précède, une autre idée est souvent énoncée. Il s’agit de la place qu’occupe la jeunesse dans la pyramide des âges dans cette parcelle du monde. Sa base est évidemment l’une des plus larges. Toutefois, il convient de relever que deux des trois hypothèses qui précèdent sont bousculées par le contre-exemple brésilien et celui d’autres pays sud-américains voire asiatiques. Présentant quasiment les mêmes réalités sociales et géographiques, ces derniers sont en majorité fortement ou moyennement malmenés par ce mal atypique. Ainsi, outre la probable immunité, inhérente à la population sub-saharienne du fait de son passé thérapeutique ou médicinal, il en résulte de toute évidence des questionnements encore non soldés.

Crise des excès ou radicalisations ?

Mondialement, les réactions ambiantes face à la dangerosité ou non de ce qui semble réellement être une pandémie hors-sol en Afrique n’a rien d’univoque. D’ailleurs même en Occident où sévit sans ambiguïté le Coronavirus, une certaine taxinomie mérite d’être élaborée pour comprendre la sociologie locale face à ce qui se passe. Ceci, en fonction d’une psychologie particulière des individus, souvent d’une religiosité tournée vers une apocalyptique violente d’une part, et une acceptabilité peu encline à la critique de l’autre. La bataille idéologique embrase la diversité des espaces communicationnels existants. Conspirationnistes et non-conspirationnistes - acteurs plutôt très conventionnels - s’opposent frontalement, notamment au sujet des confinements et du vaccin. Majoritairement, on voit émerger des personnalités politiques se posant en défenseurs du « dogme » des mesures radicales.

L’Afrique n’est pas moins touchée par ces retentissements, même si en elle des radicalisations s’opèrent davantage dans l’agir des individus massivement considérés comme « libertaires » et de certains Etats qui tentent de suivre les injonctions édictées au sommet des organisations internationalement reconnues. La statistique covidienne mérite vraiment que l’on s’y penche. Alors que, par exemple, les masques se rapportent à la protection et à la contrainte pour les uns, à l’esthétique ou à la dérision pour d’autres, force est de souligner que des appréhensions excessives existent.

Le premier excès correspondrait ici à une sorte de je-m’en-foutisme qui abandonnerait totalement la problématique de la Covid-19 au seul profit des thèmes habituels, parfois récurrents. C’est ce qui semble convenir à des ambiances festives qu’offrent des lieux hédonistes existants. Ou alors, par réalisme ou par pragmatisme, les individus se tournent vers les exigences immédiates de leur quotidien, éludant ce qu’ils considèrent comme un banal psittacisme révolu de certains de leurs gouvernants.

Le second excès correspondrait à une attention un peu trop consacrée à la Covid-19 sur le sol africain dans sa généralité ; et ceci malgré l’insignifiance supposée du taux de prévalence de cette maladie. La politisation et son support économiciste adossé à la rentabilité sibylline, par exemple, mèneraient les médias majeurs vers une ligne éditoriale beaucoup plus corona-centrée. Car l’ampleur des retombées financières via des « aides » ou une budgétisation faussement idoine ne sauraient être exclues. Des tabous existent et libèrent des frustrations dans l’univers sociétal. L’ombre de la corruption, malgré tout, subsiste. Et il n’est peut-être pas si évident d’en circonscrire le cercle. Des appétits de toutes parts et de toutes sortes prolifèrent dans ce genre de situation, convoquant au passage des regards somme toute intéressés.

Au-delà de ses excès de déconsidération ou de considération, l’Afrique n’est pas complètement inscrite en dehors de ce qui se trame autour de son énorme espace. Car, qui sait les retournements possibles d’une pandémie – vocable fort discutable dans le contexte-monde actuel – dont une grande partie de l’humanité souffre tant corporellement, économiquement que psychiquement ? Restons tout au moins, simplement pour cette raison-là, des observateurs rigoureux et humbles pour réduire toute forme d‘excès autant dans la conception que dans l’agir. Au demeurant, aucune étude sérieuse ne pourrait conclure qu’une banalisation de la Covid-19 doit être une option concluante en Afrique ou ailleurs.

Zachée Betche

 

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