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Élections présidentielles au Togo : trois questions à Samuel Mathey

Par Chef Aby | Africain.info | samedi 22 février 2020
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Economiste, d’origine togolaise, Samuel Mathey est enseignant en Afrique, Europe et aux Etats-Unis, président de la Fondation africaine pour l’entrepreneuriat et développement économique (FAFEDE), il est également ’auteur de nombreux ouvrages dont « Et si on repensait l’Afrique. 44 chroniques et valeurs pour accélérer la transformation du continent », paru en janvier 2020. Il livre son regard sur la présidentielle du 22 février au Togo.

Les Togolais sont appelés aux urnes ce samedi 22 février pour la présidentielle. Qu’est-ce que l’économiste togolais que vous êtes attend de ce scrutin ?
SAMUEL MATHEY : Les élections sont l’occasion pour une nation de renouveler ses dirigeants, ses instances ou de conserver ses dirigeants sur le principe de la majorité des personnes habilitées à voter. Il n’y a que ces deux options et une de ces deux options sera réalité à la proclamation des résultats… conservation du pouvoir par le parti gouvernant le pays (UNIR) ou alternance (que cela soit au premier ou deuxième tour). L’attente doit aller au-delà du choix et porter sur également l’APRES éléction sur la vie des togolais, pour s’interroger sur l’équipe capable d’améliorer la vie des togolais et d’assurer les libertés individuelles et collectives. Les togolais sont un peuple courageux qui a traversé des périodes difficiles : des conférences nationales, grèves illimitées, aux massacres de centaines de personnes lors des élections de 2005, sans oublier le mélo-drama Olympio-Fabre et les récentes tensions avec le PNP (Parti national panafricain ndlr). Cette élection se joue entre 3 personnalités : Faure Gnassingbé (le pouvoir), Jean-Pierre Fabre (l’opposition traditionnelle) et Agbétomé Kodjo (le transfuge). Il faut reconnaitre que le pouvoir en place a accéléré dans les années récentes la qualité de l’écosystème du pays (à différencier du développement effectif) mais prépare la voie à l’armoçage du développement réel du pays. Trois choses jouent contre le régime actuel. Premièrement, il a la gestion du pays depuis 50 ans donc pas d’excuse. Ensuite, il a les 3 pouvoirs : militaire, politique, parlementaire. Enfin, il dispose des ressources pour changer la vie des togolais. Le pouvoir actuel est donc responsable des résultats après 50 ans de pouvoir (35 ans père et 15 ans du fils). Les résultats de cette gestion sont mitigés : alors qu’on observe un bond spectaculaire de 40 places dans l’amélioration de l’écosystème du pays avec un classement Doing Business à la 97ème place, on observe simultanément un pays qui après 50 ans de gestion, plane dans les pays les plus corrompus au monde (130ème), les pays avec la plus mauvaise qualité de vie (167ème) et parmi les pays sans liberté démocratique réelle (126ème pays le moins démocrate). En effet le Togo est classé 130ème pays le plus corrompu au monde en 2019 contre 129ème en 2018 (la situation s’empire) derrière le Gabon, le Mali…Sur la qualité de la vie des togolais, la mesure des nations unies (HDI) 2018 classe le Togo au 167ème rang mondial (sur 180 pays) derrière le Bénin, le Rwanda…contre une performance de 165ème en 2017. Le pays ayant fait des progrès comparé aux années 2010, mais reste en bas de peloton. Le Togo est classé 126ème mondiale (sur 167 pays) en terme de niveau de démocratie et de liberté dans la zone des régimes autoritaire, derrière l’Angola, l’Irak, la Mauritanie….Notre avis est que quelque soit les résultats, que la vie des togolais changent sur ces trois aspects : niveau de vie, corruption et démocratie. Le véritable problème demeure avec les deux derniers aspects… Quelque soit les efforts du pouvoir en place, sans une action radicale contre la corruption et pour une démocratie réelle… tous les efforts pour l’amélioration de l’écosystème n’accoucheront que d’une souris et non d’un éléphant comme souhaité. Dans de pareil système, toute action est politisée et fait fuir les compétences, cela a été le cas du PND Togo où on s’est retrouvé avec des campagnes PND conduit parfois avec des tricots du parti au pouvoir. De plus la tendance de rareté des compétences à laquelle fera de plus en plus face l’Afrique n’arrangera pas le pays en termes de compétitivité, de disponibilité d’expertise et d’administration compétente.

Le Togo, comme l’Afrique, a une population essentiellement jeune, qui souffre deux à trois fois plus du chômage que la moyenne nationale des pays africains. Que faire par rapport à ce fléau ?
SAMUEL MATHEY : Le Togo a une population jeune (près de la moitié a moins de 14 ans – environ + 40%), tout comme le reste de l’Afrique. L’instrument qui peut assurer à la fois le plein emploi et le développement est l’entrepreneuriat. Sur ce point le régime actuel a fait des progrès importants avec des programmes pour accélérer l’entrepreneuriat et créer les conditions pour un écosystème favorable. Le Togo est aujourd’hui le 15ème mondial pour l’environnement favorable à la création d’entreprise. Il faut reconnaître cette prouesse, toutefois ces efforts sont annulés par deux des trois éléments cités plus haut : la corruption et un régime autoritaire. Si vous créez une entreprise dans un environnement classé corrompu (130ème dernier mondial) et un environnement où l’arbitraire règne (167ème mondial le moins démocratique), vous comprenez que votre entreprise ne prospérera point… et les togolais et les investisseurs sur le long terme le savent.

L’Afrique a-t-elle les moyens de concilier démocratie et développement économique ?
SAMUEL MATHEY : Le cas du Togo n’est pas isolé et c’est la raison pour laquelle nous avons mis en place la fondation pour la promotion de l’entrepreneuriat (FAFEDE) avec l’approche à Zéro Franc (démarrer sans financement extérieur). Nous avons formé ainsi et en cours 100 milles en Côte d’Ivoire, 200 milles au Burkina, 50 milles au Tchad… Comme démontré dans notre récent ouvrage (Et si on repensait l’Afrique), l’entrepreneuriat est l’outil qui assure le développement économique et ce développement économique forcera progressivement à la justice démocratique et aux libertés individuelles et collectives. Quand on aura 100 Bill Gates, donc un secteur privé fort ET diversifié à tous les niveaux (actionnariat…), qui fournit 90% des emplois, de l’investissement, de la richesse et du budget de l’état…. Le rapport des forces change et alors les deux (pouvoir politique et économique) travaillent main dans la main en symbiose…
Aucun secteur privé ne peut prospérer de manière optimale et durable dans un régime autocratique corrompu… donc tout secteur privé fort appellera à une démocratie, des institutions fortes et impartiales avec une forte gouvernance. Et c’est notre rêve, non seulement pour le Togo mais pour chaque pays Africain.

CHEF ABY
J.C. EDJANGUE (Le Messager)

 
 
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