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Afrique, inventivité et Covid-19 : prévention et traitements

Par Zachée Betche | Africain.info | lundi 27 avril 2020
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Usage préventif ou curatif ? Le Covid-19 interpelle les univers tant scientifiques, politiques que traditionnels suivant les appréhensions qui sont les nôtres aujourd’hui. Entre fantasmes et solutions concrètes, les lignes paraissent floues. Pourtant, ce besoin de clarté anime l’ensemble de l’humanité, excédé par cette pandénomie ; ce qui en réalité est plus ravageur qu’une pandémie. Qu’en est-il vraiment lorsqu’on sait qu’à la lisière de ce qui fait l’actualité dans l’univers médiatique dominant, l’Afrique élabore des tentatives dont les recettes sont soit connues, soit tenues secrètes. Quoiqu’il en soit, élucidation ou pas, le continent africain aura parlé de lui en cette période de crise sanitaire mondiale.

Une période du turbulence

Au plus fort de la planétarisation du Coronavirus, en Côte d’Ivoire, le recours aux feuilles, écorces et racines du neem (margousier en français) a fait école et recettes auprès des populations locales. Cet arbre d’origine indienne et assez répandu en Afrique sahélienne notamment, a toujours servi aux populations tant pour son ombrage, son bois et ses qualités médicinales. De nombreux individus en ont profité pour établir un commerce autour de la plante au point de la dépouiller de ses feuilles notamment un peu partout dans la ville d’Abidjan. Mais qu’en est-il vraiment de sa pertinence par rapport à la prévention ou au traitement du Covid-19 ?

Les avis des médecins et autres scientifiques paraissent sans équivoque. L’usage médicinal des dérivés de cet arbre ne semble pas réaliser éloquemment ses promesses supposées. Il va sans dire que le propre de la science est de fonctionner suivant un protocole clairement défini avant la généralisation de ses résultats.
Si le margousier, avec la pluralité déconcertante de ses esquisses posologiques, a connu une telle sollicitation par les populations locales, c’est sans doute sa proximité supposée d’avec la quinine. Celle-ci est incontestablement la substance maîtresse prophylaxique et curative de la malaria. Or, le lien entre chloroquine et margousier n’est pas scientifiquement prouvé malgré l’amertume indiscutable de la plante. Ainsi, partir d’une donnée aussi empirique ne suffit pas pour garantir des résultats du point de vue scientifique.

Ainsi, la question de l’usage du margousier s’adosse sur la problématique de la chloroquine, une substance que découvre le monde occidental, exception faite des sujets qui ont pénétré où baigné dans la sphère des pays du Sud. Or, la contestation de l’usage de la chloroquine comme molécule idoine pour/dans le traitement du Covid-19 n’est plus un tabou en Occident, notamment en France. Dans l’Hexagone, les travaux de Didier Raoult, professeur émérite installé à Marseille, divisent à la fois les scientifiques, le pouvoir et l’opinion. La prudence serait de mise même si la chloroquine commence à être commandée et consommée ouvertement ou subrepticement en Occident. L’histoire nous en dira certainement un peu plus.
Des élucidations scientifiques qui restent à prouver

L’Afrique, contrairement aux idées reçues, développe une créativité telle qu’elle attire de nombreuses curiosités. Au gré de la gravité de la situation, les projecteurs des quatre coins du monde sont braqués sur ses moindres productions scientifiques tant le pire lui est envisagé. C’est l’hécatombe qui continue d’être envisagée pour ce continent à la remorque.

Depuis la contrée insulaire de Madagascar, l’artémisia soulève un enthousiasme dont la retentissement atteint les autres sphères du globe. La solution anti-Covid-19 de l’île africaine fait aussitôt l’objet d’une évaluation tous azimuts au niveau mondial. En effet, l’usage de cette plante n’est pas nouvelle en Afrique de l’Est ou en Chine. Sa tisane a révélé pendant des siècles des vertus curatives notamment contre la malaria. A Madagascar, cette décoction à base de l’artémisia (Covid-Organics) révolutionne la médecine locale et convainc le politique qui en fait son cheval de bataille. Contre l’avis des experts reconnus (scientifiques et organisations mondiales dont l’OMS en tête) qui se montrent sceptiques ou prudents, Madagascar officialise son antidote et le commercialise même à l’international. Son expérience n’est pas moins tentée au Sénégal.

Bien avant le Covid-Organics, l’Apivirine – molécule à base de deux plantes locales - du professeur Valentin Agon a fait parler d’elle au Burkina Faso et au Bénin. Associée à la chloroquine, cette piste médicamenteuse a d’abord suscité de réels espoirs à tel point que les organes étatiques chargés de les authentifier et de les promouvoir y voyaient une solution à la pandénomie rampante. Cependant, à l’opposé de Madagascar, les autorités politiques, face aux regards sceptiques de la famille scientifique internationale, ont été moins expressifs voire peu convaincus de l’efficacité de l’Apivirine. L’exploit paraît pour le moment relatif quand bien même des témoignages locaux semblent adouber ses prouesses. Se basant sur la notoriété des « grands laboratoires », le politique balbutie.

Notons aussi qu’à Douala, au Cameroun, Monseigneur Samuel Kleda élabore une tisane spéciale à base de plantes nationales. Mû par les valeurs évangéliques, le prélat marque un point d’honneur en précisant que le liquide est distribué gratuitement aux populations. Herboriste et autorité religieuse, l’archevêque camerounais s’investit sans complexe dans ce projet en s’attaquant aux symptômes de la pandénomie. Le retentissement de sa contribution dite bio est ressenti jusqu’en Centrafrique, pays situé à l’est du Cameroun

Questionnements autour des inventions africaines

Aux côtés d’une Afrique mordue par un mimétisme congénital issu des contextes coloniaux et postcoloniaux, se dresse une Afrique du possible qui opte pour la posture de l’autonomie, de la conscience d’être soi dans l’histoire qui se déroule. Le théoricien de la postcolonie, Achille Mbembe, publiait Afriques indociles, ouvrage qui démontre l’insoumission africaine par rapport aux modes religieux ou culturels que la colonisation a cru lui avoir imposés. Dans ce continent, se profile une issue différente échappant à la programmation qui s’obstine, malgré les pesanteurs historiques, à garder sa spécificité et la faire évoluer. En pleine crise du Coronavirus, cette posture du possible fait son chemin de crête.

La question de savoir si ces traitements sont efficaces n’est certes pas subsidiaire. Il en va de l’humain, de sa radicalité et de sa vision comme choix et normativité. Il s’agit avant tout de la santé que d’une parade émotionnelle n’ayant aucune prise sur la réalité concrète. Une solution médicinale sincère, dépouillée de toutes scories et formes d’amalgame, sied à tous les peuples du monde sans distinction aucune. Il nous faut, de toutes façons, sortir de l’idéologie identitariste pour viser la vérité scientifique. Les laboratoires africains, comme ceux de tous horizons dans ce monde en déroute, sont mis au défi de l’inventivité. Leurs résultats doivent aussi passer au crible de la vérification en vue d’une généralisation escomptée Du point de vue épistémologique, il va falloir jauger ces résultats suivant le principe de falsifiabilité. Ce qui serait un honneur pour tout discours dit scientifique.

Cependant, en balayant un peu trop vite du revers de la main les offres qui émanent d’Afrique, le monde dominant et ses représentants ne font pas forcément montre d’objectivité c’est-à-dire de travail authentiquement scientifique. Car leur grille de lecture dénote encore de l’ampleur de l’idéologie de domination. La science doit être essentiellement neutre et universellement acceptable. Mais qu’en est-il réellement ?
L’irruption du Covid-19 interpelle l’ensemble de l’humanité sur cette question radicale. L’épidémiologie de l’homologation doit être vigilante dans tous les sens. Elle doit défier toute stratégie ou forme d’aliénation.
Le citoyen de quelque pays que ce soit, l’individu qui recherche la guérison,la sienne ou celle d’un sujet proche, ne demande qu’à sortir de son état léthargique, peu importe la source de sa libération. C’est aussi en cela que les peuples du monde peuvent articuler leur humanisme profond dépouillé de la poussière de l’histoire. Cet horizon d’universalisme passe nécessairement par l’aspiration de chaque humain à la vie dans ce qu’elle a de réel, de vrai et de commun.

Zachée Betche

 

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